Dimanche 15 février 2009 7 15 /02 /Fév /2009 16:21
Le bien moins cinéaste que producteur Luc Besson parle peu. Mais lorsqu'il saisit sa plume et s'exprime dans une tribune comme celle du Monde, nous sommes priés de nous taire et de l'écouter religieusement. Surtout s'il sagit de dénoncer un phénomène de société, qu'il-est-bien-dans-l'air-du-temps-de-dénoncer.

Ce monsieur machine-à-pognon qu'est Luc Besson, à donc décidé de prendre position contre le piratage (on le savait déjà), mais surtout de venir nous donner une leçon d'économie numérico-parrallèle. Accrochez-vous, ça pique les yeux...

Pour les feignasses, lisez juste le titre ci-dessous. Toute la substance admirable de l'article y est parfaitement résumée.

Halte au piratage à grande échelle via Internet !, par Luc Besson (Si, si! c'est le titre)

Il est un délit maintenant reconnu de tous : celui de visionner des films gratuitement sur son ordinateur via Internet. On appelle ça le "piratage", bien que l'image soit bien moins glamour que celle du capitaine Sparrow bravant les forces de l'océan. Le piratage est tout simplement "un vol caractérisé". Il y a 500 000 vols de films par jour en France : 500 000 connexions illégales. Les internautes français détiennent ce triste record du monde. Voilà une bien mauvaise image pour le pays des droits de l'homme.

Alors, première nouvelle, je l'apprend en même temps que vous. Visionner un film gratuitement sur son ordimini est un délit. Dailymotion et autre Youtube on donc du souci à se faire.
Plus sérieusement. La notion de liberté des droits semble échapper à ce formidable pompier qu'est Luc Besson.  Apprenons-lui quelque chose: la cupidité n'est pas la norme. Il existe des personnes qui ne cherchent pas à ce faire du pognon avec de la merde. Certains films, très souvent réalisé de manière amateur et autonome mais pas forcément mauvais, sont librement visionnables sur la toile via notre "commepiouteur" et donc gratuit. Si, si! Jurer craché! Il suffit pour s'en convaincre de regarder la foulititude de statuts Motion Maker octroyés sur Dailymotion, et la tonne de films librement visionnables qui en résulte.

Bon, on passera sur la métaphore niaise en référence au film Pirates des Caraïbes. C'est tout à l'honneur de la culture cinéphilique de l'auteur de l'article. A sa décharge, s'il avait parlé du Capitaine Achab, beaucoup de lecteurs du Monde n'aurait pas compris. Arrêtons-nous plutôt sur ce passage: Il y a 500 000 vols de films par jour en France : 500 000 connexions illégales. On en déduit qu'avant de rédiger son article, Luc Besson aura demandé conseil auprès de monsieur Lefevre. Vous savez, le futur-ex ministre 2.0. Ce que je reproche très clairement à l'auteur sur ce passage, c'est de mettre la charrue avant les boeufs et de nous prendre pour des cons au passage. Le streaming l'insupporte tellement qu'il oublie de nous en parler et nous fait passer des torchons pour des serviettes. Il fait sciemment l'amalgame entre téléchargement et streaming et évite ainsi de saisir l'occasion de nous expliquer en quoi le streaming est de facto au-dessus des lois à l'heure actuelle. En quoi ce n'est certainement pas un délit et en quoi surtout ce n'est surement pas "un vol caractérisé". Bah! C'est vrai que maintenant c'est un peu has been de dénoncer le téléchargement illégal, il faut bien se mettre autre chose sous la dent > le streaming est la cible toute désignée. Pour cela il aurait nuancé, ce que monsieur Besson ne semble pas disposé à faire.

Certains internautes se cachent derrière une idéologie, celle de la "culture gratuite", oubliant au passage les centaines de milliers de salariés qui vivent de ce secteur. Grâce à une prise de conscience collective, le gouvernement s'apprête enfin à faire voter un dispositif qui permettra de punir les auteurs de ces vols.


Les internautes qui se cachent derrière une idéologie. Elle est énorme celle-là! Depuis quand la majorité des internautes en ont quelque chose à foutre des idéologies ?? Je tiens juste à rappeller que ce que regardent ces fameux internautes (par regardent j'entend téléchargent ou visionnent en streaming): de gros blockbusters bien gras, le genre que produit monsieur Besson. Mais aussi et SURTOUT tout un tas de série T.V, d'émissions de télé-réalité, de matchs sportifs, de clips vidéo et même de publicité, sans parler des films amateurs violents, racistes, sexistes, voyeurs et autre joyeusetés (et donc pour la plupart non-protégés, je le rappelle). Nous sommes bien loin de sa sainteté le cinéma français que semble vouloir protéger l'auteur. A l'évidence ces gens qui téléchargent massivement, s'en tamponnent le jambon d'une force de cette pseudo idéologie de la culture gratuite. Ceux qui l'a défendent sont pour la plupart des artistes musiciens, vidéastes, plasticiens, comédiens, rêveurs, penseurs. Bref, des acteurs de ce système soit disant menacé. Ce sont ni plus ni moins que ces centaines de milliers de salariés qui vivent de ce secteur exploités, traités comme de la merde, virés à coups de conventions de l'UNEDIC des Assedic du spectacle. Le premier bourreau de ces centaines de milliers de salariés, ce ne sont pas les internautes, mais bien ce genre de personnage qu'est monsieur Besson.
Et sa soit-disante prise de conscience collective, je ne sais pas d'où elle vient si ce n'est peut-être de ce fameux collectif d'artistes signataires d'une pétition demandant à l'état d'agir vite et efficacement afin qu'ils puissent continuer de ce dorer la pilule en vendant leurs disques. Pour la plupart des artistes musiciens qui ont en horreur leurs fans et préférent gagner plus que de raison leur croute en studio plutôt que de faire des concerts. C'est tout de suite plus confortable et cela permet de jouer au golf et d'aller au spa deux fois par semaine.


La riposte sera graduée et donnera au pirate, une fois repéré et identifié, la possibilité de se ressaisir et de prendre conscience de son délit. Les internautes ne sont pourtant pas les seuls responsables. Comment explique-t-on qu'ils aient aussi facilement accès à des films pourtant protégés par la loi ? Le visionnage gratuit et illicite de contenus cinématographiques s'effectue sur des sites de téléchargement et de streaming (écoute en direct) très facilement accessibles sur la Toile. Ces sites ne sont pas l'oeuvre d'adolescents vaguement rebelles, mais les produits d'entreprises motivées par la recherche du profit généré par la monétisation de leur audience.


Là, il nous la joue bon père de famille compatissant. Ce n'est pas votre faute finalement. On ne peut pas vous en vouloir. Tout ce que je vous reproche après tout, c'est de ne plus acheter mes super DVD's. Comme si les internautes indélicats n'étaient que des enfants. Il faudrait savoir monsieur Besson! Ces fameux internautes, ce sont des idéologues fumistes agissant en bande organisées et donc des adultes, ou bien des ados attardés qui faute de sousous préfère claquer leurs tunes dans leur forfait SMS plutôt que dans des DVD's qu'on se refilent gratuitement partout dans toutes les cours des collèges et des lycées de France et de Navarre ? Choisis ton camp petit soldat, et prend un bon cheval...

Mes connaissances en droit sont limitées, mais il me semble que le code pénal dit clairement qu'"en matière de délit, complicité vaut crime". Il faut donc étendre la loi à ce cas et poursuivre les dealers. Notons que ces derniers ne seront pas difficiles à identifier : ils sont connus de tous. Une loi qui sanctionnerait les voleurs sans punir les responsables de ce trafic illicite serait une loi injuste. Quelle nation accepterait de punir sévèrement les consommateurs de drogues tout en laissant leurs dealers prospérer tranquillement ? Alors, pourquoi ne pas fermer ces sites pour mettre un terme définitif à ces pratiques ? Car ces sites, localisés à l'étranger, échappent au contrôle du législateur du pays dans lequel se produit le délit.

On va éviter de commenter sur mes connaissances en droit sont limitées. Je passerai également sur la parabole honteuse avec le traffic de drogue. Je suis simplement étonné de voir que Luc Besson fait mine de découvrir le monde cruel dans lequel on vit. Comme s'il découvrait la loi du fric. Pour un producteur tel que lui, c'est juste un beau foutage de gueule. Mais alors il va falloir que quelqu'un se dévoue pour lui expliquer ce qu'est internet. Parce qu'il a du mal a comprendre le monsieur qu'on ne peut limiter son trafic à la seule sphère géographique de l'hexagone. Ou alors nous sommes tous chinois.

Voilà pour l'histoire officielle, pourtant la vérité est bien plus complexe et dérangeante. Ces sites ne pourraient exister sans la complicité objective de bon nombre d'acteurs économiques français qui ont un intérêt financier à faire perdurer le système. L'économie du piratage sur Internet est une longue chaîne d'acteurs qui, pour la plupart, n'apparaissent pas au grand jour mais tirent profit de cette activité illégale. Pour que les sites de téléchargement et de streaming soient accessibles aux internautes, il faut tout d'abord trouver un hébergeur. Il arrive que ces hébergeurs soient de nationalité française. Cette prestation, pour un site de streaming tel que BeeMotion.fr, de nationalité canadienne, est assurée par une grande entreprise française de télécommunication, Iliad, par l'intermédiaire de sa marque Free.

Bouh! Vilain Free! Apparemment Luc Besson n'a pas de Freebox et / ou il a placé ses actions chez Alice. Honte à Free qui va chercher le fric là où il est et ceci en toute légalité (pendant qu'il en est encore temps). Je ne suis certainement pas un pro capitaliste libéral, mais s'il y a bien une logique que je peux comprendre, c'est celle de la loi du marché. Luc Besson, une fois encore, fait mine de s'en émouvoir et de ne pas comprendre.

Cet opérateur perçoit chaque mois un "loyer numérique" de la part du site canadien. Par ailleurs, pour gagner de l'argent, ces sites de téléchargement signent des contrats avec des régies publicitaires qui se chargent de commercialiser leurs espaces auprès de grands annonceurs. Dans l'exemple de BeeMotion, ce sont Google et Allotraffic.fr qui touchent des commissions de régie de la part de marques françaises. Ces dernières utilisent le site pour promouvoir leurs produits. La marque PriceMinister, un des leaders français de l'e-commerce, est omniprésente sur le site de BeeMotion, sous forme de bannières promotionnelles et de "pop-up" (fenêtre intruse) s'ouvrant chaque fois qu'un internaute clique pour déclencher le visionnage d'un film.

Là c'est du blabla-remplissage. J'en rajoute une couche au cas où vous z'auriez pas compris 'msieurs, dames! J'arrive à la fin de l'article mais le rédacteur délégué qu'on m'a refilé m'a dit de faire tant de lignes. Alors bah, je remplis pour avoir le bon quota de caractères et pas emmerder la nana qui fera la mise en page. Et puis bon bah comme ça je tape un coup sur Beemotion, personne connait donc tout le monde s'en cogne. Je tape un coup sur Google, c'est dans l'air du temps, BIG BROTHER IS WATCHING U!! Et puis je tape un coup sur Priceminister... Oh mais quel boulet. Son copain futur-ex ministre 2.0 lui a pas dit ? Finalement c'est pas lui qui a eu le job... C'est NKM parce qu'elle est intelligente, populaire, qu'elle connait son sujet et surtout qu'il fallait n'importe quel prétexte bidon pour la virer des pattes de Borlo qui en branle pas une (et qui maintenant fait tout pour quitter son ministère, tout ça pour ça...). Bref on lui a pas dit à m'sieur Besson que NKM c'est la frangine du PDG de Priceminister ?? Rooooh!! Tu as pris le mauvais cheval, petit soldat.

Il existe une multitude d'exemples comme celui-là, qui attestent de façon indiscutable qu'une économie du piratage se développe sur la Toile en toute impunité. De grandes entreprises françaises sont impliquées à tous les niveaux de la chaîne de valeurs, et tirent un intérêt financier d'une activité illégale. Elles sont complices d'un délit, donc coupables, et doivent, dans un Etat de droit comme le nôtre, être condamnées et sanctionnées.

Ah! La théorie du complot. Qu'est-ce qu'on ferait pas sans elle. Sans doute le passage le plus risible de cette tribune. J'apprécie tout particulièrement le passage qui dénonce une économie du piratage se développ(ant) sur la Toile en toute impunité. Comme si cela datait d'aujourd'hui. Mais voyons! Si ce problème était en plein developpement, jamais il ne serait un souci. C'est bien parce qu'il s'agit d'un phénomène global, généralisé et totalement banalisé dans les moeurs aussi bien chez les enfants, les ados, les parents et les grand-parents que ces messieurs les producteurs de blockbusters qui finissent en tête de gondole dans vos supermarchés, que ces messieurs des majors et autres businessman de la culture cheap sont très, très embêtés  (c'est mon expérience aux nouvelles technologies qui parle). Il n'osent pas y croire et encore moins y penser, mais je vais cependant leur rappeller: le point de non-retour est franchi depuis belle lurette. C'est fini messieurs. Il va falloir penser à de nouvelles stratégies commerciales. Vous allez devoir compter un peu plus en millions et un peu moins (seulement) en milliard. Renseignez-vous auprès des publicitaires qui l'on vécu à la fin des années 80 ce que cela fait. Ils vont donneront des tuyaux. Et magnez-vous le train, parce que les Youtube, Dailymotion, I-Tunes, Deezer et autres ne vont pas vous attendrent.

Il faut que cesse l'hypocrisie qui permet à de grandes institutions françaises et internationales de gagner de l'argent sur le dos de créateurs qui ont perdu, rien qu'en France, 1 milliard d'euros en 2008 à cause du piratage d'oeuvres cinématographiques sur Internet. Le cinéma continue à vivre en France grâce à quelques professionnels passionnés qui réinvestissent en permanence ! La loi doit défendre ces artistes. Une société qui ne protégerait pas le talent et la passion de la cupidité et du cynisme serait une société à bien des égards désespérante, et le désespoir est une maladie que la France ne peut plus se permettre d'attraper.

En voilà une belle "conclusion larme à l'oeil". Qui est le plus cynique, le plus cupide ? On se le demande bien justement. Est-ce la personne qui vit avec son temps ? Refuse d'être cette vache à lait quelle a toujours été et qu'elle sera encore, mais un peu moins peut-être ? Peut-on empêcher quelqu'un de penser que le numérique c'est enfin l'extraordinaire possibilité de supprimer des supports totalement superflus et obsolètes. Des supports polluants, encombrants et certainement pas dans l'air du temps ? Qu'internet peut être l'accès à une certaine culture pour tous et que cet accès à la culture ne se traduit pas forcémment et systématiquement par le piratage, je pense à l'INA, à la BNF ? Peut-on nier le progrès et refuser l'évolution ? Une chose est sûre: monsieur Luc Besson appartient au passé, et c'est tant mieux.
Par Tombasse - Publié dans : Gueulons un peu
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